Le test de saut vertical limite-t-il l’évaluation de la puissance des membres inférieurs chez les athlètes? (partie 2/2)

Dans l’article précédent, j’ai parlé de l’utilisation du test de saut vertical pour évaluer la puissance des jambes des athlètes. J’ai abordé les méthodes indirectes (Vertec, Optojump, Myotest, Push, Jump Mat, Tapis de Bosco) et directes (plate-forme de force) de mesure de la puissance des membres inférieurs. J’ai élaboré sur la mesure, en plus de la validité et de la fiabilité de chacun des outils présentés. Dans cet article, je discuterai davantage de la pertinence et des limites du test de saut vertical dans l’évaluation et le suivi d’athlètes de sports collectifs tels le basketball, le volleyball, le hockey ou le football par exemple.

6- Discussion

3. Le test de saut vertical et les mesures indirectes de la puissance musculaire sont-ils limitatifs dans leur rétroaction des données sur la performance exprimée?
Le test de saut vertical:

Le test de saut vertical est l’un des plus valides et des plus fidèles (18, 21, 28, 29, 30) pour estimer la puissance. Cependant, pour plusieurs raisons et ce malgré mon hypothèse de départ, le saut vertical comme seul test est limitatif dans l’évaluation de la puissance des membres inférieurs chez les athlètes. Tout d’abord, les tests de sauts horizontaux et à une jambe, comparativement à ceux effectués à deux jambes, sont plus étroitement liés à la vitesse en sprint et aux changements de direction des sportifs (31, 32, 33). De plus, les différents tests de saut (unilatéraux, bilatéraux, verticaux, horizontaux, latéraux, SJ, CMJ, DJ etc.) sont relativement indépendants les uns des autres et tendent chacun à exprimer différentes qualités de force-vitesse (33, 34).

Aussi, plusieurs facteurs autres que la puissance musculaire peuvent influencer la hauteur d’un saut vertical:

  • L’âge (35, 36)
  • Le poids du corps (35, 36)
  • La grandeur ou la hauteur du centre de masse (35, 38)
  • La masse maigre ou la composition corporelle (21, 35)
  • Le type de chaussures utilisé (37)
  • L’expérience d’entraînement ou le sport pratiqué (39, 40)
  • La technique de saut ou l’utilisation des bras (41)
  • La longueur des bras chez les hommes (38)

Les mesures indirectes de la puissance musculaire:

À partir des mesures indirectes de hauteur de saut et de temps d’envol, diverses équations de prédiction furent élaborées afin d’estimer la puissance des jambes. Les deux principales équations sont celles de Harman et Al (1991) et Sayer’s (1999), qui fournissent des mesures de la puissance moyenne et maximale respectivement. Ces équations sont souvent reproductibles toutefois, leurs mesures diffèrent souvent de celles de la plate-forme de force, malgré qu’elles y soient corrélées. Lorsque estimée à l’aide de ces équations, l’erreur standard de la mesure est d’environ 250 watts et la variance inter-sujets est entre 600 et 800 watts. Autrement dit, deux individus avec une puissance cinétique (réelle) similaire pourraient avoir une large différence de valeurs lorsque la puissance est estimée à l’aide de ces équations. Hatze (1998) a démontré que des différences aussi grandes que 24% pouvaient être observées entre la puissance mesurée à l’aide de la plate-forme de force et celle obtenue par des équations de prédiction.

Selon les conclusions de Tessier (2013), la puissance des membres inférieurs ne peut donc être estimée précisément à partir des données de saut vertical et de temps d’envol. Le test du saut vertical est donc intéressant afin de mesurer la quantification de la charge chez les athlètes; notamment le surentraînement et la fatigue. Par contre, la hauteur de saut ne doit pas être interprétée comme une mesure de la puissance qu’un individu peut générer mais plutôt comme une mesure de la capacité de saut d’un individu.

4. La plate-forme de force est souvent considérée comme un outil de référence pour l’évaluation et l’analyse de la puissance et des asymétries des membres inférieurs. Est-elle nécessaire voire indispensable à la pratique du préparateur physique?

L’évaluation des asymétries bilatérales des membres inférieurs est autant importante pour la prévention des blessures que pour l’optimisation des performances. Tel que mentionné précédemment, une des différences principales entre le test de saut vertical effectué sans équipement et le test de saut vertical effectué sur une plate-forme de force est que cette dernière nous permet de mesurer les asymétries. Or, bien que la plate-forme de force soit plus précise, la hauteur de saut unilatéral de même que la différence de circonférence entre les membres peuvent nous donner un indice partiel des asymétries de force et de puissance entre les deux jambes (42, 43, 44). De plus, la plate-forme de force n’est pas suffisante à elle-seule afin de bien quantifier les asymétries entre les deux jambes, puisqu’un appareil isocinétique est nécessaire (45, 46). Aussi, bien que le countermovement jump à deux jambes soit régulièrement suggéré et préféré au countermovement jump à une jambe dans l’évaluation du déficit de force et de puissance, les asymétries entre les deux tests ne sont pas reliées (47). En effet, comme le countermovement jump à une jambe repose sur les forces d’extension générées entièrement par un seul membre, les variations de hauteurs de saut et de forces appliquées par les membres séparément sont plus révélateurs des différences de force entre les deux. Ainsi, le countermovement jump à une jambe est préférable au countermovement jump à deux jambes dans l’évaluation des asymétries de force entre les membres inférieurs (47). En revanche, les facteurs causant les asymétries d’impulsion dans les forces de réaction verticales pendant le countermovement jump à deux jambes sont plus compliquées et nécessitent une enquête plus approfondie (47). Finalement, il n’est pas clair non plus si les asymétries de force et de puissance constatées par le countermovement jump à deux jambes sur la plate-forme de force ont réellement un impact tangible sur la vitesse, les changements de direction et la capacité des athlètes de s’accélérer latéralement, habiletés essentielles dans les sports de puissance (48, 49, 50, 51). En d’autres mots, il est difficile à l’heure actuelle de déterminer les différences d’asymétrie nécessaires à influencer négativement la performance sportive.

7- Conclusion

L’habilité à sauter haut est un facteur déterminant dans plusieurs activités sportives impliquant la force-vitesse. En ce sens, elle est souvent considérée comme une expression de la puissance. Or, avec l’avènement de nombreux outils technologiques dans l’industrie du sport ces dernières années destinés à quantifier le saut vertical (Vertec, Optojump, Myotest, Push,  Jump Mat, Tapis de Bosco, plate-forme de force, etc.), il n’est pas toujours facile de comprendre ce que ces outils mesurent réellement. Bien que la plupart d’entre eux soient valides et fidèles, l’instrument de référence pour mesurer le plus directement la puissance demeurera sans doute la plate-forme de force. Cependant, son coût et sa complexité remettent en question sa nécessité d’utilisation même dans un contexte d’entraînement sportif de haut niveau.

Sans contredit, la précision et l’extensibilité des données offertes par la plate-forme de force nous renseigne au mieux sur la préparation physique de haut niveau, notamment en nous fournissant des données sur la génération des forces musculaires dans un mouvement donné. Ceci dit, d’autres épreuves de performance simples, peu coûteuses et sans équipement existent afin de nous procurer une meilleure appréciation de la puissance musculaire chez les athlètes autres que le saut vertical à lui seul. Les sauts unilatéraux et les sauts horizontaux devraient donc être davantage incorporés dans les batteries de tests administrés aux athlètes.

Articles/sites web d’intérêt

Le saut vertical n’est pas un test valide de l’expression de la puissance musculaireSavoir-Sport.org, Jean-François Tessier et André Fournier, 22 octobre 2012.

Puissance musculaire et saut vertical, SciencePerfo.com, 03 mai 2015.

Site de Paul Gagné, www.posturalsportsperformance.com

Références

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29- Loturco, I., Pereira, L.A et al. VERTICAL AND HORIZONTAL JUMP TESTS ARE STRONGLY ASSOCIATED WITH COMPETITIVE PERFORMANCE IN 100-M DASH EVENTS. Journal of Strength & Conditioning Research. January 26, 2015

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